Penny Dreadful, je te hais

[ATTENTION : cet article évoque les sujets de l’inceste, la nécrophilie, les relations abusives, le racisme et spoile pas mal, en plus]

J’ai fini la série Penny Dreadful depuis plusieurs mois, maintenant. A l’époque, je l’avais regardé en une semaine jour pour jour : trois saisons de huit, dix et neuf épisodes d’environ une heure chacun, j’estime que j’ai eu un rythme de croisière assez soutenu sans pour autant la binge-watcher. Je cherchais quelque chose à regarder pendant que je faisais du sport, et j’avais plusieurs critères de sélection :

  • La série devait être courte et terminée, pour que je puisse passer à la quatrième saison d’Orange Is The New Black sans être prise dans une autre intrigue ;
  • Elle devait contenir un minimum de gore et de violence, parce que c’est ce que j’aime (toutefois, je suis niveau Walking Dead/20 en gore, donc c’est plutôt facile) ;
  • Il devait y avoir un panel de personnages assez large sans devenir une série-chorale (comme Game of Throne) ;
  • Et enfin, l’inclusivité était un plus.

Bien. J’ai jeté mon dévolu sur Penny Dreadful après une soirée où on m’avait dit : “Tu verras, c’est assez cool, ça réutilise bien les codes du fantastique du XIXéme siècle et il y a pleins de personnages LGBT+” (Grosso modo, hein. Je n’ai pas la citation exacte en tête). C’était donc parti pour Penny Dreadful.

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Moi en lançant le 1er épisode…

 

Le pitch

Penny Dreadful est une série de John Logan, diffusée entre 2014 et 2016. Et je vais vous faire un pitch honnête.

La série s’ouvre s’ouvre sur un Londre victorien particulièrement sale et sombre (à l’écran hein, dans la grande tendance actuelle à filmer dans le quasi noir total) où un meurtrier en série sévit actuellement, rappelant aux habitants effrayés les crimes Jack l’Eventreur quelques années auparavant. On découvre peu à peu les personnages principaux : Miss Ives, une jeune femme mystérieuse ; Malcom Murray, un vieil explorateur qui parle de ses voyages en Afrique toutes les huit secondes mais est incapable de citer avec précision les pays qu’il a visité ; Ethan Chandler, un jeune américain mystérieux ; Sembene, l’homme à tout faire de Malcom qui ne sera jamais vraiment développé et c’est bien dommage et Victor Frankenstein ; un jeune docteur mystérieux. Ça fait déjà un bon paquet de mystères.

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“Hum je suis mystérieux…”

A ces personnages de départ s’ajoutent petit à petit d’autres grandes figures de la littérature fantastique du XIXéme siècle, comme Dorian Gray, le Docteur Jekyll, Abraham van Helsing ou encore la Créature de Frankenstein. Bref, tout ce beau monde s’allie plus ou moins dans un but commun : retrouver et sauver Mina Murray, la fille de Malcom, enlevée par un homme mauvais et mystérieux (le mystère, encore…).

Bon, vous l’avez compris, on se lance dans une quête fantastique au coeur du Londres victorien, où les créatures extraordinaires se mêlent à la plèbe. L’enjeux ? Encore, toujours, éternellement : la survie de l’humanité face à une menace paranormale et mystérieuse (Tout ces mystères MON DIEU!).

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*Mystery intensifies*

Bon, je me moque beaucoup mais les premiers épisodes sont assez classes : on sent rapidement une tension et des non-dits entre Vanessa Ives et Malcom Murray, qui jalonnent toute la première saison, et les événements que l’on attend ne sont pas long à arriver : par exemple, on attend de voir la créature dès que le nom de Victor Frankenstein est prononcé, et la série ne nous fait pas languir plus que de raison, puisqu’on nous la révèle à la fin du premier épisode.

Bref, rentrons un peu dans le vif du sujet : Penny Dreadful, est-ce une bonne série ? L’histoire réussie-t-elle à nous transmettre quelque chose ? Les personnages sont-ils à la hauteur de nos attentes ? Et est-ce la série inclusive qu’on m’a vendue ? Je dois vous prévenir, je vais salement spoiler, particulièrement les saisons 2 et 3, qui sont plus porteuses de sens que la première. Vous êtes donc averti.e.s.

 

Univers, fantastique et horreur : une transformation réussie

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Mais que fait lea chef.fe op ?

Un des points forts de la série, c’est avant tout son ambiance, et ce malgré le reproche principal que j’ai à faire à la réalisation à ce niveau-là : la lumière est vraiment naze. JE COMPRENDS que ce soit un moyen abordable financièrement et efficace de jouer sur une absence de lumière à l’écran et de proposer une image très sombre, très froide et presque sépia. Mais je trouve que c’est un procédé peu inventif et surtout dépassé pour rendre une atmosphère terrifiante. Je pense principalement que le but est de peindre un Londres à la fois hanté par le fantastique et proche d’une certaine réalité, en mettant en avant l’industrialisation comme cause principale de la pollution de l’air londonien. Mais est-ce vraiment une raison pour toujours proposer une image trop sombre ? Certaines scènes sont à peine regardables à cause de ça, je pense notamment au dernier combat : on ne voit rien. Ca permet aussi de déguiser des effets spéciaux pas toujours réussis (par manque de moyens je pense, plus que choix artistiques), mais ON NE VOIT RIEN. Ce n’est pas un mal imputable uniquement à Penny Dreadful. Trop souvent au cinéma ces dernières années, on nous propose une lumière sombre qui est devenu presque un code du genre : dégrader la luminosité est un synonyme de sérieux, de vrais enjeux. Vous ne verrez jamais ça dans une comédie. Mais si je compare à d’autres séries, je trouve quand même que le travail sur la lumière échoue : l’épisode 9 de la sixième saison de Game of Throne nous offrait une image froide et travaillée, mais la lumière était parfaite et l’on voyait exactement ce que le réalisateur nous donnait à voir. La scène de Jon Snow ensevelit sous les combattants en est un très bon exemple : le visage paniqué de Jon est éclairé à la perfection tout au long de la scène, et les pieds et corps des autres autour de lui deviennent sombre, indistincts parce qu’ils le sont pour lui. C’est un travail très intelligent sur la lumière. Là, dans une scène de combat capital, la lumière ne transmet aucune émotion, et on plisse les yeux pour voir ce qui a lieu.

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Les décors sont plutôt chouettes nan ?

Outre ce reproche, je trouve que l’ambiance de la série est une vraie réussite. Londres est sale jusque dans les banlieues riches, le charbon s’insinue partout, les gens ont l’air tristes et moroses et même les divertissements que s’offrent encore les classes supérieures ont l’air vide de sens. Les décors sont travaillés et donnent à voir le Londres de l’époque tel qu’on a l’habitude aujourd’hui de se le représenter. Même lorsque l’intrigue s’exporte un peu, les décors restent beaux : je pense notamment aux scènes qui ont lieux aux Etats-Unis dans la saison 3, eh ben c’est bien filmé, les décors sont sympas et, même s’ils n’ont rien de vraiment originaux, ils participent d’une certaine représentation du XIXéme siècle. Et c’est chouette !

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Exemple de “Penny Dreadful”

C’est d’ailleurs un point qui joue en faveur de la série : on en a pour son argent, ce qui est plutôt rigolo puisque “penny dreadful” désigne à la base les petits magazines qu’on achetait pour lire des histoires effrayantes. Plus sérieusement, on n’attend pas des plombes pour voir les personnages qu’on a envie de voir, comme la créature de Frankenstein comme je le disais plus haut, et tous les personnages de la littérature fantastique du XIXéme siècle qu’on s’attend à voir arrivent bel et bien dans la série à un moment. C’est pas mal ça, une série qui répond aux attentes de son public. Parce que, entendons-nous, en trois minutes on comprend le délire de la série : on entend “Dorian Gray” et on sait, automatiquement, qui il est et quel est son destin. Je pense donc que la série a été créée pour jouer sur la connaissance de la littérature fantastique avec le public : il faut, pour apprécier pleinement le sous-texte de la série, avoir une connaissance de base des perso. Savoir qui est Dracula, qui est Frankenstein et ce qu’ils font dans leurs histoires respectives. Bien sûr, si on ne connaît pas ces personnages avant de regarder la série, on peut passer un bon moment ; mais la série joue avec les attentes du spectateur (Verra-t-on le portrait de Dorian Gray ? La créature et Frankenstein vont-ils mourir au Pôle Nord comme dans le livre ?) et c’est à mon avis ce qui fait la force de Penny Dreadful.

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Appelle-moi Evil Green !  (Pardon)

Dernier point positif, qui sera à nuancer par la suite : c’est sympa d’avoir une héroïne en rôle titre. Vanessa ne botte pas des culs, elle n’a rien de révolutionnaire et ouais ils ont quand même trouvé le moyen de lui coller un love interest sans aucun intérêt mais elle est intelligente, égoïste, déterminée mais effrayée et combative, bref, elle est plutôt intéressante. Par exemple, son rapport à Mina – la nana qui s’est faite enlevée avant le début de la série et dont la capture constitue presque l’entièreté de l’intrigue de la saison 1 – est très touchant et on ressent vraiment la souffrance et la culpabilité de Vanessa tout au long de la saison (parce qu’elle a fait une connerie et c’est plus ou moins pour ça que Mina s’est faite enlevée, enfin en tout cas elle elle pense que c’est de sa faute mais bon j’ai dit que je ne spoilerai pas trop). Et puis parfois, Vanessa fait peur : souvent, on ne sait pas de quel côté elle est, et ça c’est chouette. L’héroïne est parfois méchante, ou du moins tout aussi paumée que le reste du monde, elle est en complète demi-teinte. Bon, une demi-teinte largement édulcorée par rapport à une Katniss Everdeen (dans les livres hein) mais Vanessa peut faire peur, Vanessa peut faire les mauvais choix et la série ne la blâme pas pour ça. Les scènes de possession par exemple peuvent être très effrayantes, ou celles de l’asile, mais la réalisation ne verse pas dans le slut-shaming ou la condescendance : par exemple, il est montré que Vanessa n’avait strictement rien à foutre à l’asile et que le traitement qu’elle a subit pour sa soi-disant “Hystérie féminine” est une aberration. Donc oui, un grand oui pour Vanessa, un bon point pour la série : Vanessa est un personnage féminin foutrement intéressant. Maintenant la question c’est : pourquoi tous les autres personnages féminins sont aussi à chier ?

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“J’arrive à la fin et je sers à rien dans l’intrigue mais je compte dans les quotas hihihi”

 

Une série inclusive ? Laissez-moi rire.

Ce n’est pas parce que Penny Dreadful comporte effectivement un grand nombre de personnages LGBT+ et/ou féminins que c’est une série inclusive. Ce n’est certainement pas une série safe, et encore moins une série féministe. Parce que QU’EST-CE QUE C’EST MORALISATEUR. Par quoi commencer ? Les méchantes sorcières lesbiennes et incestueuses, ou le club des méchantes prostituées féminazies qui coupent le phallus d’hommes trouvés dans la rue pour revendiquer le droit de vote ? Ou peut-être le gros violeur manipulateur de merde qui harcèle une pauvre nana mais qu’on nous présente comme un éternel romantique incompris auquel les femmes ne laissent pas sa chance ? Ok, c’est rapidement résumé mais c’est vraiment ce qui se passe dans la série. Et là je vais probablement spoiler salement.

Le message de la première saison était plutôt classique, mais très largement acceptable : il faut s’entraider blablabla, l’amour prend différentes formes blablabla, le bien s’élèvera toujours pour contrer le mal blablabla… Bon, ça n’a rien d’original, mais avec une bonne dose de monstres en tout genre et que grosses références à la littérature fantastique, c’était plutôt sympa, et je n’ai rien à dire dessus.

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Aurevoir, Sembene. tu  n’as jamais été développé et c’est triste.

La saison 2 en revanche m’a posé plus de problèmes : déjà, le SEUL personnage racisé récurrent de la série est mort (et ne me parlez pas de Kaetenay, l’apache de la saison 3 qui arrive comme un cheveu sur la soupe et repart aussitôt), et rien que ça ça m’énerve. On se tape Malcom Murray pendant DEUX SAISONS alors que ce mec est proprement insupportable, que c’est un père de merde qui a tué ses enfants (ou en tout cas est fortement coupable), un mari à la con qui pleure dans les jupes de sa meuf en mode “Désolé de t’avoir trompée mais elle était tellement belle c’est trop pas ma faute” ET IL RESTE EN VIE ?! Insupportable. Mais ce n’est pas ce qui m’a le plus gênée.

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“Regardez comme on est méchantes hihihi”

Le premier point problématique, ce sont les sorcières. Déjà, pourquoi est-ce qu’elles passent leur temps à se faire des baisers soit-disant sensuels alors qu’elles sont soeurs ? C’est vraiment ça, la vision d’une méchante selon Penny Dreadful ? “Oh, regardez comme elles sont mauvaises, elles sont incestueuses et elles n’ont aucun remord, si c’est pas l’oeuvre de Satan ça !” Ben non. Désolée mais non. L’imagerie de l’inceste comme preuve de subversivité ça a déjà été fait et en plus c’est hyper malsain. L’inceste c’est pas rigolo, c’est pas spécialement la preuve que quelqu’un.e est subversif/ve et c’est pas SENSUEL ! Sérieux, elles passent leur temps à se tripoter comme dans un porno entre nanas, vous savez, ceux qui sont fait pour les hommes cis ? C’est risible de penser qu’à l’écriture du scénario, quelqu’un s’est dit “Tiens, pour montrer qu’elles sont bien méchantes et bien satanistes, si elles se faisaient des bisous sensuels ENTRE SOEURS ?”. C’est tout ce que vous avez pour montrer à quel point elles sont méchantes ? Parce que ça ne marche pas du tout. Bon, leur mère a l’air plutôt badass au premier abord, je vous l’accorde. Et j’accepte que face à un personnage féminin fort, comme Vanessa, on nous propose une méchante badass, comme Evelyn Poole. Je pense que le développement de Vanessa est suffisamment bien foutu pour que la série puisse effectivement se permettre de mettre une méchante très méchante en antagoniste principale. Le cast féminin n’est clairement pas à la hauteur, entre Lily qui bat des cils (mais on y reviendra) et les sorcières qui continuent de faire semblant d’être excitantes en arrière plan, mais j’accepte une méchante bien construite comme Evelyne. Surtout que dans la seconde partie de la saison, on nous présente Joan, la sorcière qui a formé Vanessa, et elle est plutôt cool.

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AHAHA tu es si malsain…

Le second point problématique,  c’est Lily. Enfin, pas Lily en elle-même (du moins pas dans cette saison 2) mais l’attitude de Victor Frankenstein et Caliban, sa créature, à son égare. Bon déjà, il faut savoir que Lily est une créature, tout comme Caliban, qui a été ramenée à la vie par Frankenstein. Pourquoi ? La beauté du geste, l’expérience ? NON ! Pour donner une femme à Caliban. Rien que ça, déjà, je meure. Donc voilà, la jeune femme, anciennement Brona, love interest d’Ethan dans la saison 1, devient Lily, love interest de Victor et Caliban. Bien. Et mon dieu c’est tellement malsain… Victor tombe amoureux de la jeune femme, plus ou moins quand elle est encore morte (ne niez pas, il lui a tripoté les seins alors qu’elle n’avait pas encore été ramenée à la vie !), ce qui est ultra-glauque, puis lui explique pour le reste de la saison que c’est lui le daron, que c’est en réalité sa cousine de la campagne et qu’il va s’occuper d’elle. Chouette. Il passe son temps à la manipuler, à essayer de l’attirer dans son lit, à lui faire plus ou moins du chantage et vous savez quoi ? S’il était montré comme le gros con manipulateur qu’il est, ça ne me dérangerait pas. MAIS NON : la série l’excuse en permanence à grands coups de “Mais c’est pas sa faute, il l’aime !”. Déjà quand tu aimes quelqu’un.e, tu ne l’enfermes pas dans ton grenier en lui rappelant toutes les trois minutes qu’iel t’est redevable. Et surtout, la fin de cet axe, mon dieu… On apprend finalement que Lily se souvient en réalité de toute sa vie passée et qu’elle n’a fait que jouer avec les sentiments de Victor. Elle se tire et on a droit à une grande scène de “Je l’aimais tellement, ah les femmes toutes des…” et blablabla. Beurk. Franchement, si ça n’est pas excuser tous les comportements malsains de Victor. La série le place carrément en victime, et le fait que Lily devienne une des antagonistes de la saison suivante renforce ce sentiment : pauvre Victor, trahi par l’amour de sa vie… Non mais je vomis là ! Sérieusement, le mec a ramené une nana à la vie pour en faire sa femme, il la séquestre et à la fin c’est lui qu’on plaint ? Next.

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AHAHAH tu es si malsain toi aussi…

Le troisième point problématique de cette saison 2, c’était enfin la relation de Dorian Gray, ce bellâtre, avec Angélique, une jeune femme trans. Bon. Dès le début, Gray nous est présenté comme étant pansexuel (pour résumer grossièrement, le genre de la personne en face de lui n’a pas d’incidence sur son attirance pour elle). Très bien, je suis pour la présence de persos LGBT+ dans des productions grands publics !  Je ne saurai d’ailleurs pas dire si Angélique est un bon perso trans, je pense qu’il faudrait poser la question à des concerné.e.s. Mais j’ai trouvé la mise en scène de leur relation tellement malsaine : certes, plus d’une fois la série nous montre qu’Angélique est légitime, ce qui est cool, mais sérieux, j’ai eu l’impression que toutes les scènes de culs et tous les propos de Gray tenaient de la fétichisation des personnes trans. Angélique n’est qu’un item de plus à ajouter à sa petite collection malsaine d’expériences sexuelles, et il le dit. Je ne sais pas si c’est bien ou mal, je ne pense pas que ce soit à moi de le dire mais j’ai trouvé ça franchement dérangeant, en fait. Et puis le fait que le seul personnage qui accumule les expériences sexuelles en cascade soit pan ? Ça me rappelle fortement les clichés qui traînent sur les personnes bies et pans, en fait (mais si, vous savez, cette idées qu’iels ne savent pas choisir et passent leur temps à coucher à droite à gauche)…

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Fuck this shit I’m out

Donc cette saison 2 était… Franchement reloue. La saison 1 manquait un peu d’originalité par moment, mais je ne passais pas ma vie à râler devant mon écran. La saison 2, en revanche… La relation de Lily et Victor est peut-être ce qui m’a le plus gênée, mais comme elle s’était barrée, je me suis dit que peut-être, on en avait fini avec le malsain, et que la dernière et troisième saison allait me réconcilier avec la série : grossière erreur. Parce que la saison 3… Je n’ai pas les mots. Je n’ai même pas envie d’en parler, en fait. Mais deux points quand même.

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“Je tue tout le monde mais je suis quand même le sauveur hihi”

D’abord, Ethan. Il part aux Etats-Unis, suivis par Hécate, une des sorcières de la saison 2, et là il devient : le sauveur blanc. Littéralement. On apprend donc qu’il a passé une partie de sa vie dans une tribu apache et que Kaetenay, son père adoptif, l’a recueilli parce que c’est l’élu et qu’il va pouvoir sauver tou.te.s les apaches et gnangnangnan… Je ne sais pas pour vous mais moi ce motif du sauveur blanc m’agace d’une force… Mais d’une force… Sérieusement, Ethan est un petit con torturé parce qu’il a tué des dizaines et de dizaines d’apaches mais non, c’est lui qui est l’élu des dieux et qui pourra sauver la tribu. Franchement. C’est quoi ce motif ridicule ? Ca ne fait que suggérer en permanence que les populations racisées ont besoin d’un justicier blanc pour les sauver et que c’est le devoir des blancs de leur porter secours : c’est risible, c’est raciste et c’est une vision très colonialiste des choses, voilà. Ca me soule.

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“Je vais te couper la bite au nom de l’égalité homme-femme hihi”

Ensuite, Lily. Lily rejoint Dorian Gray (qu’elle avait rencontré dans la première saison) et ils décident ensemble de lutter contre le patriarcat (noble objectif si vous voulez mon avis). Après une discussion de Lily et son élève (une ancienne prostituée qui semble amoureuse d’elle) à propos des féministes qui militent à ce moment pour le droit de vote, Lily décide que les suffragettes, très peu pour elle et qu’il vaut mieux réunir une armée de prostituées pour aller couper la teub des mecs cis. Voilà. C’est tellement ridicule !  C’est une vision caricaturale du féminisme, censée illustrer le fait qu’il y a un bon féminisme pacifique, celui de Vanessa et des suffragettes, et un mauvais féminisme violent, celui de Lily et sa clique. La plus grosse partie des propos féministes sont alors tenus par un groupe de nanas incarnant un mauvais cliché de féminazies, qui ont visiblement pour seul but d’humilier les hommes. Et il n’y a même pas de contre-exemple : on voit les suffragettes deux minutes en une saison et Vanessa n’a jamais de discours profem. Le féminisme dans cette série est réduit à ça, de méchantes féminazies qui veulent se venger des hommes. Je pleure. C’est grossier, risible et malsain : je me répète mais c’est le seul discours (soit-disant) féministe qu’on entend de toute la série ! C’est comme si pendant une saison, le scénariste (Oui, parce que John Logan écrit apparemment seul) répétait constamment : “Eh, vous avez vu, le féminisme c’est pas très bien quand même hein, pourquoi on essayerait pas de TOUS VIVRE ENSEMBLE ? POURQUOI NE PAS PLUTÔT DIRE “HUMANISME” ?”. C’est aberrant, et ça me dégoute de penser que la vision qu’auront certain.e.s du féminisme, après avoir vu cette série, va se réduire à un ramassis de stéréotypes grotesques, tout ça parce que le scénariste n’a pas pris le temps de développer un contre-exemple ou de se renseigner un tant soit peu.

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Penny Dreadful et le respect, allégorie

Outre tout cela, on continue dans le malsain : on nous explique que Malcom vit un peu de racisme anti-blanc (heureusement on ne s’attarde pas là-dessus), Victor est l’incarnation du malaise lorsqu’il harcèle Lily, Caliban tente de retourner chez sa femme qui le rejette parce qu’il est moche (Si si), Vanessa a visiblement maintenant besoin de l’influence d’un homme pour décider quoi faire de sa vie (bon, on revient là-dessus à la fin de la saison, heureusement)… C’est lourd, c’est cliché, c’est mal foutu et le message est nauséabond. J’ai soupiré de plaisir en voyant la fin de la saison 3 parce qu’elle exclut toute possibilité d’une suite. Oui, j’en suis là.

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Nope. Nope nope nope.

 

Penny Dreadful, à éviter ?

Alors oui, oui, oui, Penny Dreadful est pour moi une série à éviter absolument. Ce n’est pas en soi une mauvaise série, même si il y a des longueurs et parfois des retournements de situation sortis de nulle part, mais le message, mon dieu…

Je ne pensais pas qu’une série ayant en personnage principal une jeune femme visiblement émancipée pouvait virer à ce point dans le cliché et le malaise, et pourtant. Ca m’attriste, parce que j’aimais bien l’idée de base : reprendre des monuments de la littérature fantastique anglaise du XIXéme et les adapter en costumes d’époque, en tentant de créer une connivence avec lea spectateurice qui connait les bails. Mais on est loin de la série fantastique pop à laquelle je m’attendais, et le message est souvent tellement dérangeant qu’on en oublie l’intrigue. Je me suis retrouvée à vociférer devant mon écran plus d’une fois, et ce n’est clairement pas ce pour quoi j’avais signé.

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Moi à la fin de la série, à force de rouler des yeux

La série enfonce des portes ouvertes et nous balance un lot de clichés hallucinants à la tronche : sur les femmes, sur les féministes, sur les pansexuel.le.s, sur les personnes racisées, sur le relations amoureuses, sur le consentement, sur le bien et le mal, sur la sexualité et sur pleins d’autres plans encore. Et c’est ridicule.

Mais j’aimerai avoir une discussion là-dessus : mon avis et mon interprétation ne sont pas paroles d’évangile, et j’aimerai sincèrement pouvoir en parler avec quelqu’un.e qui a vu la série et l’a appréciée.

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